Le temple d’Hatchepsout à Deir el-Bahari : six aspects fascinants
Le temple d’Hatchepsout à Deir el-Bahari témoigne de l’héritage de l’une des souveraines les plus fascinantes de l’histoire égyptienne. Hatchepsout, femme pharaon, défia les conventions en prenant le pouvoir durant la XVIIIe dynastie (environ 1473 à 1458 avant notre ère). Connu sous le nom de Djéser-Djéserou, « Saint des Saints », son magnifique temple funéraire se situe sur la rive ouest de Louxor, en face de Karnak. Adossé aux spectaculaires falaises calcaires, il se fond dans son environnement naturel et exprime à la fois l’ambition de la souveraine et son respect pour les dieux et les traditions de l’Égypte.

La vision d’une reine
Fille de Thoutmôsis Ier, Hatchepsout se distingua non seulement par son titre de pharaon, mais aussi par la vision qu’elle donna à son règne. Elle ne se limita pas à exercer une régence : elle assuma pleinement les attributs de la royauté et se fit représenter symboliquement comme un pharaon masculin dans les statues et les inscriptions officielles. Son temple à Deir el-Bahari fut conçu par son architecte principal, Sénènmout, peut-être également un proche confident, qui adapta avec habileté les principes traditionnels de l’architecture religieuse à ce site particulier.

L’édifice présente une organisation inhabituelle en trois niveaux reliés par de larges rampes. Chaque terrasse est soutenue par une colonnade, créant une impression d’espace et de légèreté qui contraste avec les falaises massives en arrière-plan. Les rampes conduisent progressivement vers les sanctuaires intérieurs. L’organisation de Djéser-Djéserou montre une harmonie entre la nature et l’intervention humaine qui constitua, à son époque, une innovation remarquable de l’architecture égyptienne.
Les terrasses et leur symbolique
Le temple d’Hatchepsout est riche en symboles architecturaux. La terrasse inférieure était autrefois ornée de jardins plantés d’espèces exotiques rapportées du pays de Pount, région vers laquelle Hatchepsout dirigea une célèbre expédition. Ces jardins n’avaient pas seulement une fonction décorative : ils rappelaient l’étendue de son influence et la réussite de ses échanges commerciaux. Aujourd’hui, quelques vestiges de racines d’arbres anciens permettent d’imaginer la végétation qui occupait jadis cet espace.
La deuxième terrasse accueille la chapelle d’Hathor, déesse considérée comme la protectrice de Deir el-Bahari. Elle possède des colonnes ornées du visage d’Hathor, évoquant chacune un sistre, instrument de musique associé à cette déesse de l’amour et de la fécondité. Leurs chapiteaux présentent notamment les oreilles bovines caractéristiques d’Hathor, symbole de sa nature nourricière. Sur cette même terrasse se trouve la chapelle d’Anubis, dieu des morts à tête de chacal. Elle conserve des reliefs colorés illustrant des offrandes et des rites, qui soulignent la dimension religieuse du règne d’Hatchepsout.
Sur la terrasse intermédiaire, une série de reliefs raconte l’une des réalisations les plus connues de la reine : l’expédition vers le pays de Pount, que l’on situe généralement dans la région de l’Érythrée actuelle. Les scènes montrent les habitants de Pount, leurs maisons et les marchandises précieuses rapportées en Égypte, notamment des arbres à myrrhe destinés à produire de l’encens. Ces représentations témoignent des succès diplomatiques et économiques d’Hatchepsout et de la puissance de l’Égypte dans le monde antique.
Une ascendance divine et le droit de régner
Sur le côté gauche de la terrasse intermédiaire, Hatchepsout présente le récit de sa naissance divine et de sa légitimité sur le trône, récit destiné à consolider son autorité. D’après ces reliefs, son père Thoutmôsis Ier l’aurait désignée comme héritière ; mais la reine affirmait surtout être la fille du dieu Amon lui-même. Cette filiation divine permettait de justifier son règne comme pharaon dans une société où les femmes accédaient rarement à un tel pouvoir.

Ses liens avec Amon, l’une des divinités majeures du panthéon égyptien, étaient encore renforcés par l’emplacement du temple, directement aligné avec celui d’Amon à Karnak, sur la rive est du Nil.
Un lieu de culte et de mémoire
La terrasse supérieure était destinée au culte funéraire d’Hatchepsout. Des rituels y étaient accomplis pour assurer sa vie éternelle dans l’au-delà. De grandes statues de la reine représentée sous les traits d’Osiris, dieu de la résurrection, bordent les colonnades. Leurs corps enveloppés comme des momies et leurs attributs royaux symbolisent l’union d’Hatchepsout avec Osiris dans la mort.
Au fond de cette terrasse se trouve le sanctuaire d’Amon, directement creusé dans la roche. Cet espace sacré souligne le rôle du temple comme lieu de culte, mais aussi comme monument perpétuant la mémoire d’Hatchepsout.
La présence d’autres espaces consacrés à Hathor, Anubis et Rê-Horakhty témoigne de la volonté de la reine d’honorer les divinités traditionnelles de l’Égypte. Un autel à ciel ouvert dédié à Rê-Horakhty, dieu solaire, rappelle son attachement au culte du soleil et associe son pouvoir à la puissance divine de cet astre.
Un héritage marqué par les siècles
Le temple d’Hatchepsout a subi les ravages du temps et différentes dégradations historiques. Son successeur, Thoutmôsis III, tenta d’effacer sa mémoire en faisant marteler son nom et ses représentations, dans ce qui semble avoir été une volonté de réaffirmer la continuité dynastique de son pouvoir.
Pendant la période amarnienne, les réformes religieuses d’Akhenaton entraînèrent d’autres destructions, lorsque les références à Amon furent effacées de nombreux temples égyptiens. Plus tard, au début de l’ère chrétienne, le monument fut transformé en monastère, origine de son nom actuel Deir el-Bahari, « monastère du Nord » en arabe. Des moines chrétiens recouvrirent certains reliefs d’enduits pour y placer leur propre iconographie religieuse, masquant davantage les décors antiques.
Malgré ces transformations, une grande partie de la beauté originelle du temple a été préservée, notamment grâce à des restaurations continues. Les archéologues ont patiemment reconstruit plusieurs éléments, permettant aux visiteurs actuels d’imaginer la splendeur qui accueillait les fidèles à l’époque d’Hatchepsout.
L’héritage du temple d’Hatchepsout aujourd’hui
Le temple demeure aujourd’hui un symbole durable du pouvoir féminin, de la résilience et de l’innovation architecturale. Il honore le règne d’Hatchepsout tout en conservant des témoignages historiques de ses réalisations, de son expédition commerciale vers Pount à ses affirmations d’ascendance divine en tant que fille d’Amon. Au pied des falaises abruptes de Deir el-Bahari, les visiteurs découvrent l’harmonie entre l’architecture et le paysage, qui illustre le talent de Sénènmout et la vision ambitieuse d’une reine ayant osé régner comme pharaon.
Inscriptions, statues et reliefs offrent un aperçu des valeurs et croyances de l’Égypte ancienne, où la faveur divine, l’architecture monumentale et les pratiques rituelles étaient étroitement liées au pouvoir politique. Le choix de construire ce temple dans l’alignement du sanctuaire d’Amon à Karnak traduit la fidélité d’Hatchepsout aux traditions religieuses égyptiennes et sa revendication d’une légitimité divine.
En parcourant le monument, les visiteurs marchent dans les pas d’une souveraine pionnière dont l’histoire fascine depuis des millénaires. Son architecture unique et son passé exceptionnel rappellent la place d’Hatchepsout dans l’histoire égyptienne, sa force de caractère et son respect envers les divinités qui structuraient alors la société.
Sur la rive ouest, vous pouvez aussi préparer une visite de Médinet Habou. De l’autre côté du Nil, notre guide du temple de Louxor vous aidera à organiser la visite. Avec une journée de plus dans la région, découvrez les temples de Dendérah et d’Abydos.
Si vous organisez un circuit privé en Égypte, cherchez une étape qui mentionne le temple d’Hatchepsout à Deir el-Bahari. La rive ouest de Louxor compte plusieurs ensembles distincts et le détail du programme vous aidera à prévoir le temps pour chacun.
